
L’exploit n’est pas mince : quelques jours plus tôt, H. Latham a terminé dans la mer. Au début juillet 1909, on donnait encore des primes pour avoir parcouru 1 km dans l’air et Blériot s’élance pour près de 40 km ! Bien sûr, il a déjà fait un tel parcours à plusieurs reprises, au-dessus des champs entre le 5 et le 25 juillet, mais la panne peut toujours survenir.
Le choc médiatique est fort. Mais, pour Blériot, l’exploit du 25 juillet 1909 n’en est pas un au sens sportif ou spectaculaire. A son arrivée, il déclare simplement à Charles Fontaine venu l’accueillir : « c’est fait ». Pour lui, c’est une étape sur un chemin qu’il s’est tracé depuis près de 10 ans : ouvrir la voie de la conquête de l’air et créer une industrie. Il est donc prêt au lendemain de cet exploit pour en tirer tout le bénéfice.
Avant la Guerre :
La notoriété et son expérience industrielle le mettent d’emblée au niveau des grands acteurs. Il intègre progressivement les organismes officiels et professionnels : Légion d’Honneur, Administrateur de l’Aéro-Club de France, Conseil supérieur de l’Aéronautique militaire.Il a créé sa société aéronautique au début de 1909. Les ventes d’appareils commencent très rapidement. Alors que le 1° salon de l’Aéronautique ne lui avait apporté aucune commande.
Un an plus tard, il a 120 appareils en commande. En fait il livrera plus de 1.000 Blériot XI, avec différentes motorisations. Il en tirera un énorme bénéfice qui lui permettra de disposer des moyens pour pouvoir saisir une opportunité. :: En 1913, lorsque SPAD (Société de Production des Appareils Deperdusin) est en déshérence, il peut la racheter et en conserve habilement la dénomination abrégée. Il en prend la Présidence en 1915.
La Guerre de 1914-18 :
C’est l’heure de gloire et de réussite financière : la société SPAD rachetée en 1913 lui donne l’outil industriel et le bureau d’études (dirigé par Louis Béchereau) à la dimension de ses ambitions. Il devient l’un des principaux fournisseurs de l’armée française. En 4 ans, il fournit près de 20.000 avions pour la plus grande satisfaction des pouvoirs publics. A la fin de la guerre, SPAD utilise des moteurs Hyspano-Suiza (8 cylindres en V).
Après-guerre , diversification sans lendemain :
L’après-guerre est difficile pour une entreprise entièrement dédiée à l’armement. Les 20.000 avions produits par le Groupe Blériot – SPAD en 4 ans font place à 1.000 avions livrés dans les 10 années qui suivent et un arrêt des commandes publiques à la fin des années 20. :: Blériot diversifie ses activités dans la production de moto ou le transport aérien. Il produira même des thoniers !
En compagnie des entreprises Bréguet, Farman et Lioré et Olivier, il soutient la création des Messageries aériennes qui fusionnent en 1923 avec Air Union, puis en 1924 avec la Générale des transports aériens (Renault, Farman). Mais le transports aérien civil reste un marché de niche, peu rémunérateur car tout les acteurs de l’aéronautique s’y sont précipités après la guerre sans que les techniques ne permettent d’offrir un rapport qualité prix correspondant aux besoins du marché.
Épuisé et malade, touché par la mort de son fils, il décide de fusionner son entreprise avec Farman au début des années 30. Il meurt en 1936.